Roman-fleuve

Au fil de l’eau, cette histoire
refait surface dans ma mémoire :

Alors que je Dordogne comme un Loire
Etel un bébé bercé d’Amour,
Je demandais Rhin à personne.
Je voulais juste faire un Somme,
Et voilà que tu me fais une Seine.

Tu t’approches sans crier Garonne
pour t’en prendre Amazone de confort.
Et je ne sais si tu es mi-femme, Missouri,

ou Nil une, Nil autre…
Faut pas Charente !

Tu sais bouger ton bassin-versant, Vilaine !
J’ai la Sèvre qui bout,
c’est toi qui Maine la danse et ça t’a Meuse.
Rhône non, m’Erdre,
je me sens tout Congo, Mékong !

Aujourd’hui, je me sens seul et tendu
Je m’allonge au sol, étendu sur le dos
Et tandis que je repense à l’étendue
de mes bordées sur tant d’étendues d’eau.

Jamais plus je n’ai ressenti ce feeling.
Car on ne fait pas du rafting sur un lac,
J’ai même essayé le kayak dans une flaque…

Mais toi seule sait me mettre à flot.
Entre tes rives, j’ai navigué
à l’aise et naïf
A l’aide de mon esquif,
comme un poisson dans l’eau.

Quand j’ai cru comprendre
comment descendre tes eaux calmes
Mon palpitant s’est pris dans tes rapides.
Et soudain shht… au loin j’entends les chutes
Je me suis dit Shit ! Terrible sera ma chute.

On a partagé les mêmes eaux,
puis été séparés par différents affluents.
Je voudrais maintenant, tel un mascaret,
remonter le courant à sa source,
sauter comme un saumon (mais sans l’ours
pour le bouffer comme un con)
Aller en amont, tout là-haut atteindre le cœur de ton glacier,
Grimper au fond de ton âme pour y allumer un brasier.

Faire fondre des flots de larmes
Pouvoir ensemble dévaler
Sortir du lit, tout dévaster
Tel un tsunami dans la vallée.

Avec folie tout ravager
Les canaux, les barrages,
patiemment érigés
Et changer les petites rivières
En torrents sauvages.

Puis se la couler douce jusqu’à l’estuaire,
zone fragile entre le fleuve fougueux et la mer
sereine et immense.

Mais se méfier des apparences.
L’eau qui dort en silence est-elle d’or ?
Elle a la même couleur, mais le goût de l’amer.
La mer donne la fadeur au sucré de l’amour.

Après les tempêtes rencontrées dans ces mers,
J’ai fini la course en solitaire.
Armé de cette nostalgie et de quelques épreuves
J’ai composé ce roman-fleuve.

Publié par battmanu

Je suis batteur, poète, auteur et interprète Battmanu pour les intimes et tous ceux qui aiment ces rimes

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