Mis en avant

Première page de mon recueil

« Je suis batteur, poète, auteur et interprète

Battmanu pour les intimes et tous ceux qui aiment ces rimes

Je percute les mots à la manière d’un musicien

Je fais tourner mon stylo comme les baguettes entre mes mains »

Depuis le début de millénaire, je gratte sur des carnets des chansons, des slams, des pamphlets ou des poèmes, suivant l’humeur et l’auditeur. Parfois l’un de ces textes me semble digne d’être partagé, lu à haute voix ou chuchoté. Ce blog regroupe ceux-ci.

Ce passe-temps me plaît beaucoup et si vous êtes arrivés jusqu’ici c’est que ça ne doit pas trop vous déplaire non plus. Alors merci.

Je suis un batteur sans batterie,
Je suis un auteur aux cent écrits,
Je suis percussionniste et collectionneur,
Je suis amateur de poèmes, interprète de mes slams
Je suis un amoureux heureux,
Je serai un papa gaga,
J’aime être conteur le soir,
Je suis un cuisinier flemmard, un guitariste végétatif,
J’ai été gymnaste tout petit et hockeyeur peu actif,
Je suis un malade guéri,
Je suis un cycliste allongé,
Je suis un taekwondoka gradé, j’ai été plus investi…
Je suis un lecteur infidèle et païen
J’aurai voulu être archéologue sous-marin
J’ai été journaliste pigiste, coordinateur associatif, secrétaire de rédaction, danseur dans mon salon, plongeur saisonnier, agent de sécurité, standardiste hospitalier, étudiant frivole, trésorier bénévole,
Je suis un charpentier débutant,
Je suis en apprentissage permanent.

Je suis tout cela et bien plus encore
Je suis le mieux placé pour me connaître
Et aussi le dernier pour être honnête
Je suis, simplement, et c’est un trésor.

Bonne lecture…

Balance

Je flotte
Je suis sous l’eau et pourtant je flotte.
Sensations feutrées, je perçois des sons lointains et familiers.
Bercé dans un cocon. Nourri par ce cordon
Qui me relie à ma maman. Elle marche en cadence
Et doucement, me balance.

Je vole
Je suis au sommet du monde et je vole.
Je vois loin vers l’horizon. Dernière étape pour ma première ascension.
Je jette un coup d’œil tout en bas, du haut de cette tour en bois. Et je lève les bras.
« Regarde papa ! Tu m’attrapes ?! » La fierté dans son regard comme récompense.
Prêt pour la cascade, je me balance.

Je savoure
J’embrasse Anne-Sophie pour la première fois et je savoure
Ce goût salé de l’excitation et de l’interdit.
Et je crois qu’elle savoure elle aussi, parce qu’on recommence 3 fois !
Mais Olivier nous a grillé et, dans le collège, ça ne se fait pas.
Il va voir le directeur dans sa chemise blanche.
Et là, il nous balance.

Je renifle
D’où vient toute cette puanteur ?!
Des poubelles en cuisine ou des propos du cuisinier ?
Pour mon premier job comme plongeur, j’avais mal flairé.
Derrière sa conduite, ses sourires ; les heures gratuites, les mots les pires.
Après une saison galère, intense
Sans salaire, il me balance

J’effleure
Un dernier baiser sur ces paupières qui s’affaissent
Une dernière caresse sur ce visage apaisé
Dans mes bras, un vrai trésor : mon nouveau-né qui s’endort
Près de son lit, une dernière danse
Pars pour ta nuit, je te balance

Aujourd’hui
Je flotte frileux vers un avenir ardent
Je vole au-dessus des lignes éclectiques
Je savoure la beauté du vivant
Je renifle les injustices immondes
J’effleure la poésie de ce monde

J’hésite, je me tâte et tâtonne
Je cherche encore là où résonne
Le point de bascule avant la chute libre
Le point d’équilibre du niveau à bulle
Sur une lame de rasoir, funambule sur le fil
Je dois trancher, d’un côté face, de l’autre pile.

On m’a proposé cette expérience
Monter sur scène avec ce thème « balance »
J’en ai le vertige par avance
Mais mon stylo est en transe
Alors… Bah, je me lance.

Le slam après la tempête

De Rome à Washington
Les bandits sont sortis
Du FN au RN
En habit de nazis
Une haine malsaine
Monte des extrêmes
De sales odeurs.
Pourtant les peines humaines
n’ont pas de couleur.
Anciennes et diluviennes
Les averses tombent
Comme des bombes
Toujours sur les mêmes

Le vacarme des armes
La mort se pâme
La faux en pagne
Se marre et glane
Des gaillards en larme
Des tonnes d’âmes fauchées
A coup de lame

Du Chemin des dames
Jusqu’aux Ardennes
De My Lai au Vietnam
Jusqu’en Ukraine
Toujours les mêmes bagnes
Encore les mêmes drames

Les corps qui crament
Les crânes se brisent
Pour de la came
Pour une église
Pour un imam
Pour une devise
Pour une Marianne
muette, incomprise
La bêtise gagne

Quand le génocide a lieu

à deux pas sous nos yeux

Comment survivre à ça ?

Il se déroule juste là, à Gaza
Des mamans des papas
Tracent sur les bras
De leurs enfants sages
Leurs noms et âges
Pour lutter contre l’oubli
Sous les décombres
des vies en mémoire
Après les bombes
Décrire l’histoire
Des causes perdues
Graver les visages
A main nue
Corner la page

Le slam
Après la tempête
Entre les larmes
Je fais une pause

Au son de l’alarme
Je clame mes slams
Les mots font bloc
Affrontent et stoppent
Le bruit des armes

L’écran plat s’éteint
mais il m’empiète
Le calme revient
Sur ma banquette
La réclame déteint
jusque dans ma tête
Ça brame putain
comme une trompette
Ses gammes sans fin
Jusqu’à perpette

Les mots m’obsèdent
comme une tempête
Les frasques nazes
Sans cesse se répètent
Les phases captées
Me laissent en dette
Mes doigts braqués
Sur la gâchette
Les armes en vrac
Sont dans ma tête
Mon stylo bic
Toujours répète
Des jeux de phrase
en tête à tête
en face à face
telle est ma quête
Ma poudre à crack
ou d’escampette

Je cherche le slam
Après la tempête
La phrase rêvée
reste incomplète
Ce slam me scalpe
Cette panne m’embête
Elle pèse un gramme
Mais elle m’entête
Comme une femme
Comme une feuille
blancheur parfaite
Jeu de conquête

J’achève le slam
Après la tempête
Alarme et drames
refont les manchettes
J’aurai pas sauvé
toute la planète
Je suis pas Batman
Ni une vedette
Je vais me sécher
J’ai fait trempette
Je monte dans le tram
je me remet en quête
Au fond de la rame
Ma plume s’arrête.

Mais dans ta tête
Le slam se rallume
après la tempête.

Des mots des champs #23

Quelle soirée fantastique, les mots s’annoncent comiques, scéniques, pas séniles, toujours jeunes, toujours utiles, fantastiques

Je pense que le chien aussi aurait aimé écouter des poèmes

Je n’ai rien dit, rien écrit mais j’étais tout ouïe !
J’ai aimé les mots, les gens et l’ambiance…

Et quand le passage s’ouvrira vers l’au-delà,
les portes de l’autre monde souriront

En cette attente, quelques notes s’échauffent, échafaudent des théories sur un thème, un t’aime de débâcle

Et je débâche les bâches,
que les biches boches
vivent mieux qu’les vaches

se meûh, t'aimeuh, j'aimeuh la conjugaison qui s'attache aux riens des petits espaces qui humant l'air et l'audace deviennent aimants

les mots s’attirent et se repoussent, se contredisent ou s’électrisent

Jeu t’aime, poètes et poèsses de cette nuit
Je vous aime avec vos je de mots

Ensemble on s'envole au dessus des flots
Vive le flow des mots !

Le roi dans l’arène

Ce fut l’histoire d’un manant
Puissant, méchant, puant et pas marrant
Bref, un roi !
Levant sur ses dociles fidèles
Force dîmes, patentes et gabelles

Son royal logis, un palais de Provence
Rayonnait de luxe et d’opulence
Il y vivait avec aisance
Loin du peuple et sa décadence

Usé et humilié de cette situation
Dudit peuple naquit une révolution
Il décida la grève de l’impôt
Adieu cochon, vaches et veaux

Incapable de solder
Ni gardes, ni armée
Le roi très seul, très triste
Eut sa tête en haut d’un pic

Le peuple affranchi et libéré
Retrouva nourriture et dignité
Les basses besognes se partagèrent
Partout les solidarités s’organisèrent

Mais un jour un manant s’invite
Et propose d’élire par un vote
Démocratique et populaire
Un représentant des anciens serfs

Ainsi personne n’avait vu venir
Ce nouveau roi en devenir.

Écrire en mouvement

Écrire en mouvement

Écrire en mouvement
Et crier mouve au vent
Et mentir en criant
Écrire en mentant
Henir en galopant
Émouvoir en bougeant
Aimer en mouvement

Aimer en mouvement
Effleurer d’autres gens
Et poser lentement
Et toucher le vent
Et marcher droit devant
Échapper à l’instant
Et scruter plus longtemps
Observer les talents
Balader discrètement
Mon stylo d’argent
Sur un grand cahier blanc
Entre les lignes quadrillées

Mes lettres sont déliées
Alignées et aliénées
Elles se fondent et se défont entre elles
Des mots des phrases des ritournelles
Sans cesser sa transe
Mine de rien
Mon crayon danse
Sans fin ni ponctuation

Ce slam tourne et retourne ses vers
Il s’ouvre et s’envole en l’air
Tel une flamme éphémère
Telle une vague sur la mer
Instant unique de l’impro
Enchaînement chorégraphique des mots
Ballet des corps et des stylos
Sur le parquet de la feuille à carreaux

Le j fait juste une boucle
Puis saute sur le point

Le a fait un cercle
Et une volte sur la fin

Le m s’enchaîne
Et rapplique en trois ponts

Mine de rien, mine de crayon
La jam est en train de s’emballer sans conclusion
Et poser lentement
La phrase l’engouement
En bas de page
La voix redescend

Pour échapper à l’instant
Et capter le moment
Et marcher droit devant
Et poser lentement
Émouvoir en bougeant
Et bouger le temps
Et toucher le vent
Et poser lentement
Et goûter le mouvement
Émouvoir en bougeant
Émouvoir en bougeant

Des mots des champs #22

Une idée unifiée quand s’acclament les lampions
Du temps qu’est passé sans laisser de mention

A effacé les traces de nos mensonges
Éhontés, abusés, médusés même de nos songes

Rien n’est grave vraiment.
Tout est recommencement

Qui suis-je ? Qui suis-je vraiment à la lumière du jour et de la nuit ?

Je suis un sourire accroché à une branche
Qui tombe un soir d’automne
Et deviens au printemps une fleur
Dont le rire résonne
En écho des visages
Mort, tu erres,
Flannerie, fane, rit
Comme été, tu seras à nouveau

La vie est là, partout, tout le temps, inlassablement, éternellement…
Dans mon corps à jamais, des chatouilles jusque dans la tombe

Je laisserais mes envies, mes douces utopies
Au futur imparfait que j’imagine pour celleux qui restent

A chaque anniversaire, paf une année s’est écoulée
A chaque saison, paf on doit se rhabiller
A chaque jour, paf on s’endort chaque nuit
A chaque minute, paf on aspire, on expire

Souffle de vie allant et venant
Venez, venez, allez
Il est temps de souffler

Souffler, se poser et tout recommencer
Ailleurs, sans faire les mêmes erreurs
Renouveler les expériences avec bienveillance

Des mots des champs #20

Reste à vivre, reste à vibrer, reste à aimer

Pose-toi, reste un instant, ose un zeste d’enfant, l’ivresse du vent, pars à vivre, on sait pas jusqu’où on peut être étonné

Reste à vivre ?
Moi, ma mère m’a dit qu’il fallait toujours finir son assiette !
Pas de reste ! On recuisinera demain.
Vivre c’est du poivre qui brûle.

Reste à vivre, pars à tonnerre
Jacques a dit : toute sa vie
un homme rêve de foutre le camp

Je me t’aime

Je me tais comme j’écris
Je m’éteins quand tu cries
Je pédales dans ta semoule
Je me tais et je te saoule

Tu voudrais que ça coule à flot,
Des mots à fleur de peau
Pas de palabres impalpables
Ni de phrases nazes pleines d’emphase

Du parler vrai dans la bouche
Des mots qui touchent
Qui chatouillent ou qui bousculent
Tes yeux me brûlent
au bord de mes lèvres ardentes
Mes silences me pèsent et te lamentent

Je me t’aime quand je te tais
Je me noue entre nous
Je me toi quand je te vois
Je me t’aime comme un fou

Pas de potion magique
Pour extraire de mes tripes
Mes envies, mes vices, mes folies

Mais quand je prends mon Bic
Plus de prise de bec avec moi-même
Ça coule à flot, des flux de maux
Du flow, des poèmes
Des slams et même
Des phrases sans thème
Sans tête et sans queue
Qui sortent du fond du ventre
De l’aorte s’écoule mon encre

Afflux littéraire du rythme cardiaque
Des battements binaires
Des boom-basses qui claquent
Bombardements de caractères
L’art et la matière lexicale
Belles envolées scripturales
Ou moches poches de prose
Faites de manière fécale

Je reprends vie quand je me dis
Je m’ouvre à moi au fond de toi

Me poussent alors des envies
De me livrer sans dérive
Me délivrer sans rire et
De me confier avec délice
De te défier, me délirer

Sur des rives lyriques
Ensemble se livrer sans raison
Jusqu’à la délivraison
Des livres de matières gracieuses
Postés sans destination
Compilés lors de grasses mat’ rieuses
Chuchotés au creux de l’oreiller
Tartinés d’ondée de fraîcheur
Remplis de matière rosée du matin
Écrits de manière posée à quatre mains
Avec un Bic à quatre couleurs

Vert de rage
Bleu de peur
Rouge de honte
Noirceur d’âme
un à un, je déballe mes états d’âme
Je confesse mes pires pensées
Sans craintes des avés du curé

Je reprends vie quand je me dis
Je m’ouvre à moi au fond de toi
En me découvrant là-bas
Je m’ouvre à toi
Je ne me tais plus et alors
Je me t’aime plus encore

Des mots des champs #19

Je suis amoureux et je vois clair !

Je vois clair dans ton jeu et ça me désespère

le sage sans âge de passage enrage

Cela peut être tellement simple la vie

Et la vie est tellement plus belle avec des amis
Osons vivre cette vie
Qu’on nous dit unique
L’amour nous aide à l’éclaircir et créé des éclaircies

Clairement si les vents du nord poussent les nuages éclaircis par le soleil breton

Des mots des champs #17

Au chaud sous le parasol
Vos mots m’élèvent du sol

Des solos très rock’n roll !

mais aussi très tendres

Quel bonheur d’écouter vos cours
Vive L’IRLANDE LIBRE

A cheval pour le voyage
Et avec son couteau pour le fromage
Brigitte déclame sa rage de faim

Demain nous crierons vive la poésie
Car contre la haine, c’est elle la chimiothérapie

Richesse de la nature
La poésie abat les murs

Des mots des champs #16

On ne dit soupape
Qu’en cas d’insécurité

En cas d'insécurité,
on utilise une soupape

C’est accord ya rien à becter
Qu’on regarde sous la moustache
Une moustache frisée
qui révèle ce beau sourire bleu
et de belles dents blanches
blanches comme…

Un feuille sur laquelle

Les mots s’enfilent en aquarelle
Pour vous plaire avant de partir comme une hirondelle
On ne dit soupape
On ne dit sous-pape
Ni sous-commandant
On ne dissout pas un soulèvement

Comme l’envolée d’un oiseau
Qui nous accompagne ce soir
Pour résister un vers

A Ecrouvis
Assouvie tes vices
Écroue, écrou, écrou, vis
Chants, contes, poèmes,
Exprime ce que tu aimes
Ecrou, écrou, écrou, vis
et aime !!
Aime, chante, danse, tourne
vit, vis, écrou et vis
Dévisse tes rêves, passe à l’action
Agis sans trêves et avec passion !

Une soupape ne fonctionne bien
qu’avec un bon joint
qui permet d’obtenir un bon verre
pour remercier nos quelques vers
sans être trop sévère…
Nos verres peuvent être épais et fins à la fois
Car jamais l’épée ne calme la faim.

FIN

Des mots des champs #14

L’autre jour, un lapin m’a posé un syndicaliste
Ex-buraliste, on l’appelait gravier
Toujours dans la prada d’un fumista

Qui m’a caché la clé du mystère ?

La clé sous le paillasson
Le son de la paille du clapier…

Le lapin aux douces oreilles
voulait contacter le lièvre son cousin,

Le lapin fut chaud et mur à point,
il embrassa le lièvre et ils eurent
beaucoup de chatons !

Des mots des champs #13

Et d’un élan farouche
Il faut que je me mouche !

Notre vraie frontière n’est plus une ligne de démarcation entre deux collines,
C’est la ligne que décrit notre planète dans sa rotation autour du soleil

Et ça sent la boue et je mange la Terre. J’aime ça.
Alors je marche sur le vent. J’habite les yeux. Les tiennes.
Pardon. Oups. Les tiens. Mais on s’en fout.
Et le soleil nous regarde.

Pour retrouver mon nid, j’emprunte le chemin de la terre, croise l’étang et la brume. Parfois, dans les herbes argentées par l’humidité sous ma frontale, je rencontre salamandre. Je lui tourne autour, émerveillée. Puis je rentre me coucher.

Et je n’y arrive pas, je m’enfonce dans le noir, pas à pas.
Je crois avancer, marcher, mais je cours, épuisée.
Alors en cours d’épuisement, je brûle un encens ;
Peut-être que nous aussi nous brûlons ensemble.

Par là et par ici
Par là aussi et par ici encore
Des traits dans tous les sens
Des croix et des
Carrés pour faire ma
Signature et faire marrer
les gens

L’effet papillon

Elle se bâtit ancrée dans son terroir sur de beaux plots béton
Et dans une famille au cœur fort et bouillonnant
Simplicité et honnêteté des sentiments
Tout ce bon fond comme fondation
Un effet socle qui t’érige éternellement
Depuis tes premiers 10 ans

Grande dalle bois pour danser sous la lune
Tes fibres vibrent et les bass tracent, meuf
Liberté éprouvée en communauté et sans thune
Tu kiffes la life, c’est l’effet teuf
Un effet qui se propage sans haine
Sur ta deuxième dizaine

Ouvertures permanentes pour capter le soleil
Du Midi au Sud Loire avec le souffle du Sahel
Énergie abondante des sourires gratuits
Effet de masse garanti avec les vrais amis
Un effet qui rayonne sans problème
Sur ta troisième dizaine

De solides murs en paille au beaux enduits d’argile
Pétrie de végétal et baignée dans la terre
Cette femme forte et fragile construit sa famille
Comme une femme mûre, c’est l’effet mère
Un drôle d’effet mais une vision sereine
Sur ta quatrième dizaine

J’observe cette femme belle et bien charpentée
Cette femme sociable, positive, pleine d’humilité
Avec ses cicatrices passées et ses plaies pansées
Avec ses expériences et sa maturité

Elle est celle qui m’habite toujours
Et que toujours je veux habiter
Celle qui m’a fait tomber en amour
Et qui toujours me fait de l’effet
Un effet papillon qui sème ses graines
Sur toutes les prochaines dizaines

Des mots des champs #12

C’est avec un plaisir 12 fois renouvelé, que j’ai animé ce 6 janvier un nouvel espace-temps dédié à la poésie slamée, chantée, lue, contée, gueulée ou chuchotée, au chaud dans le biblio-bar de Connexion paysanne.

Ce soir-là, au micro se sont succédés les chansons d’Isabelle, Piero, Christophe et Fabien, les poèmes et slams de Zéro, Kilo, Cécile, Kynrou, Lucas, Kaina et Sam. Les lectures de Cécile, Barbara, Kevin. Les contes de Margaux et Fabrice. Sans oublier, le rap de LRS ou les notes de Jean-Paul.

Une autre belle surprise pour moi fut la présence de Kynrou, rappeur, slameur, clasheur et excellent MC de scènes slam, au micro desquelles j’ai déversé quelques litres de postillons, à l’époque où ce n’était pas un délit sanitaire.

Parmi tous les trucs entendus, je me souviens des vers de Neruda dans la bouche de Cécile de Connexion, sur scène une première et dernière fois, les airs a capella d’Isabelle, des mots de Souchon avec le ukulélé de Piero, des facéties de Devos saisies par Fabrice, la harpe cristalline de Jean-Paul qui accompagnait Kaïna, du flow de LRS sur un beatbox raté, des slams de Sam, ceux de Kilo lourds de sens, ceux de Zéro qui comptent parmi les premiers…

Et pour clore cette scène ouverte, le double-K (Kevin et Kynrou) a lu ce texte collectif écrit sur le moment :

Kevin et Kynrou lisent le texte collectif

Ouh là ! Je crois que j’ai oublié
mes œufs sur le feu ! Continuez
sans moi ! Mais gardez
le meilleur pour après,
S’il vous plaît !!

Le vent, les feuilles, la mer et ses vagues écumantes

HEYYY ! La vie ne mourra jamais….

Mappé, happé, harponné.
Je suis parti là-bas chercher ce qui me manquait.

A vrai dire, je pensais t’y trouver mais…

C’était trop tard, tu m’as laissé sur le trottoir, alors je vais rentré dans le premier bar.

Pour broyer des noix
Et manger l’espoir
Et vice versa

Toutes ces fois où je me sers à plat
Ou comme un coq en patte

Plat ? Coq ? J’ai encore oublié mes œufs… Bon dieu, c’était sûr
Les voilà tellement solides qu’ils pourraient percer un mur
C’est toujours pareil, concentration dans les chaussures
Quand on me fait les yeux doux, je fais des œufs durs


En attendant la prochaine rencontre à Connexion Paysanne début mars, je vous donne RDV sur la toute nouvelle page d’actu des Scènes ouvertes en Pays de Redon pour découvrir d’autres lieux qui rendent la poésie vivante !

Des mots des champs

Bienvenue à toi, rat de biblio-bar et rat des champs
Pilier de comptoir ou cul sec en coup de vent
Bienvenue à toi, amatrice des mots-clés qui ouvrent les scènes en grand
Des trousseaux de poèmes, débiles ou obscènes
Des champs lexicaux à labourer, à retourner sans détournement

Se mettre en chœur aux travaux des chants
Un monde rural en mode Épinal, image d’un autre âge
De l’époque où les peuples vivaient du bocage
Et reprenaient au printemps le chemin des champs
Pour partager au chaud le fruit que les récoltes commettent
Comme on partage au micro les mots révoltés après la moisson de papier du Printemps des poètes

Comme Didier Deschamps, sélectionneur de talents,
J’appelle sur le terrain scénique
Des poètes parés, pupilles ou vétérans,
Attendant leur tour cramponnés sur le banc
L’instant du remplacement
Ils se lèvent et relèvent sur le champ
Le défi du micro et du regard des gens
Parfois dubitatif mais toujours bienveillant
Pour leur offrir un petit bout d’imaginaire
Pour ouvrir la lourde barrière
Des convenances convenables
Pour casser les distances sociales
Et péter le cul de la bien-pensance
Bouffer tout cru la bienséance

Car ici on peut tout se permir
Même faire des phrases sans les…
Et si on niquerai sa race à la syntaxe
On s’en balek graf de l’ortograf
Si on brûlerai à vif les subjonctifs
On défoncerons les conjugaisons

Alors, bienvenue aux mots, à tous les mots,
Aux homo CIS, aux hétéro bi et aux autres aussi,
Bienvenue aux mots tristes et aux matrices, aux modèles et aux démodés,
Bienvenue aux monstres des démonstrations et compèt de mots. Bam! En mode coupe du monde démo de slam,
Bienvenue aux mots non-marchands non-modélisés, mais non à ceux En marche en mode Champs Elysée.

Bienvenue aux rats de biblio-bar et aux rats des champs
Pilier de comptoir ou cul-sec en coup de vent
Bienvenue aux amatrices des mots-clés qui ouvrent les scènes en grand
Des trousseaux de poèmes pour prendre la clé des chants !

Dans mon arbre

Bienvenue dans mon arbre, mon âme, mon abri,
Au creux de son tronc étroit
Entre, fais comme chez lui

Refuge pour toutes les âmes en péril
Des milliers d’insectes et plusieurs volatiles
Farfadets de passage ou Korrigans pas sages
Tous sont accueillis dans cet abri
Celui que j’ai choisi

Il semble être là depuis toujours
Lui qui ne compte plus ses jours
Comme le vent doux, sa sève coule
De la cime aux abîmes des racines

J’écoute ses feuilles pousser sans force
Je regarde l’oxygène qui se dégage d’elles
Je caresse le vent glisser sur son écorce
Je goûte le bruissement d’un battement d’ailes
Je sens la pluie tomber sur ses branches retorses

Bienvenue dans mon arbre, mon arme, mon ami,
Mais il n’est pas le mien,
comme on ne possède pas son chien, ni son bambin

Je me sens possédé
envoûté ou bien pris
Il m’inspire l’humilité
Je me sens son petit

Bienvenue dans mon arbre, mon asile, mon appui,
Au creux de son tronc étroit
Entre, fais comme chez lui

Des hauts ébats

Éveil cru et sensoriel
Désir charnu et charnel
De tes cuisses velues et sensuelles
Jusqu’au fin fond de tes prunelles

Saisir un regard complice
Voler sur tes lèvres lisses
Lier la moiteur de nos mains
Tout en ondulant nos bassins

Respiration à l’unisson
nos corps s’accordent
suivant la théorie des cordes
Plaisir physique en vibration

Nos organes fantasment en chœur
Alors que monte lente cette chaleur
qui enflamme nos ébats
Avec douceur et rudesse à la fois

Rien à foutre que la lumière s’éteigne
Tant que nos mains s’étreignent
Comme tes deux seins dans les miennes
Afin que nos desseins fassent des siennes

Hibernation en va et vient
Ma marmotte obèse et droite
Veut se lover sans fin
Dans ta grotte étroite et moite

Je pénètre alors mon intimité dans la tienne
Jusqu’à ce que notre rythme se déchaîne
jusqu’à ce que l’amour s’en vienne

Je me perds en toi
Dans ce combat sensuel
Je me sens si roi
Dans cet égoïsme duel

Perdre son souffle en haletant
Prendre son pied en le donnant
Climax explosif
Séisme paroxysmique !

Après l’ascension, la retraite
La gueule de bois après la fête
Dans le coton des polochons,
nous nous plongeons, molasses

Et mes caresses se prélassent
de ta nuque jusqu’à tes fesses
L’ivresse des sommets se prolonge
Vers un sevrage serein en songe

Le flux de la faux

J’avance doucement d’un pas cadencé
Rotation des hanches et des épaules
Tous ensemble, il n’y a plus qu’à danser
Bien ancrés sur nos guiboles

En rang dans le champ de céréales
Je progresse et trace mon sillon
Devant moi l’arc au sol
S’affaisse sous l’éclat des rayons

Au rythme du corps et de l’esprit
Sans moteur, ni pétrole
Au son des tiges qui chutent
Et des mulots qui s’enfuient

Le flux doux de la faux
vaut bien 
Le plus fou des refrains
qui va et vient

Quand je fais corps avec l’outil
Après un affûtage précis
La pierre mouillée à la ceinture
Et cette longue lame à mes chaussures

La faux infatigable décime
Telle l’Ankou aveugle et sans remords
Mais celle-là décide des cibles
Des champs où pousse le rendement à mort

Expériences transgéniques
Semences stériles et modifiées
Des plantes dopées comme des cyclistes
Obsédés par la ligne d’arrivée

Le flux doux de la faux
vaut bien 
Le plus fou des refrains
qui va et vient

Contre le génie génétique
L’agro-industrie sans éthique
Je rends à la terre des plantes
Autonomes et suffisantes

On chante et pivote les bassins
Dans ce champ plein de vie sans goût
Faucheurs volontaires, semeuses de destin
La rotation des cultures, c’est nous !

Pour ça c’est oui

Pour nous, qui ne suivons pas toujours le droit chemin
C’est peut-être un lieu commun
De s’unir dans le droit commun

Pour nous, faire vie commune
Ne signifie pas appartenir à l’autre
Sans alliances, ni robe blanche, ni dot

Pour nous, cette communauté
Est d’abord une commodité
Après la parentalité et la propriété

Mais ce pacte de destin
N’est pas un acte commun
De mettre sa vie en commun

Devant nos deux témoins adorés
Devant cette belle assemblée
Devant ceux qui nous ont précédé

Et devant les élus de la commune
Espace du bien commun et partagé
Auquel nous donnons plus de valeur
Qu’à celui du bien individuel et privé
Sans commun dénominateur

S’unir pour toujours
Comme un mariage vrai
Empacté avec amour
Comme un fromage frais

Garder l’envie d’être unis,
Comme avant et tous les jours
S’aimer en toute liberté
Et sans commune mesure

Pour ça, c’est oui
Tant qu’on en aura envie
Pour ça, c’est oui encore
Et d’un commun accord

Anne-So et Manu
Les Manas à la mairie
Le 27 août 2022

Grand slam de Bain #1

La première édition du Grand slam de Bain, tournoi pour poètes en peignoir, s’est déroulée à Bain-de-Bretagne le 18 juin 2022 à l’appel du slameur Neimad.

Une belle brochette de slameur.ses sont venus de Pancé, Châteaubriant, Bain-de-Bretagne et Redon pour se défier avec leurs textes. Un tournoi sans enjeu et dans une ambiance très chaude à la Dépendance, lieu culturel et hottement sympathique.

Un très bon niveau de poésie, des styles très différents, un animateur au top, un juge intransigeant et un jury insoudoyable. Aperçu de cette super soirée et des poèmes dits et scandés ce soir-là :

Avec Clarisse et Zéro, mes acolytes de l’équipe de Redon, nous avons tous les 3 été sélectionné.es pour la finale et remporté.es collectivement le trophée en équipe : la ventouse d’or !

La fine équipe des slameur.ses en peignoir

Cerise sur le pompon
J’ai eu l’honneur de remporter en individuel ce tournoi et de repartir avec le pommeau de douche dorée.
Ce trophée a rapidement trouvé sa place dans ma douche pour me donner de l’inspiration…

Trou noir et page blanche

Je me penche face à la page blanche
Et là, gros blanc !
Un trou noir, c’est troublant
Ma respiration est poudreuse
Mon silence s’épanche en avalanche
J’avais pourtant tant de choses à dire
Sur le monde présent, le passé, l’avenir
Mais la candeur sous ce blanc
ne supporte pas les faux-semblants

Les mots s’inventent
Les sons s’envolent
L’écrit se ride
Le vide rend ivre
Ce silence rance
Me donne l’envie de rendre
Sur chaque page de mon cahier
Une angoisse 96 fois répétée

L’inspiration fuit mon stylo
L’arme blanche de mon ego
Je marche en rêve
Et j’erre en marge
Le long de la ligne rosée
De cette feuille à carreaux
Quadrillée par la pureté
d’un enfant à élever
d’une fleur à féconder
d’une femme à aimer
ou d’un os à enterrer

Couleur du deuil en Orient,
La blancheur envahit ma nuit des temps
Depuis l’aube du communiant jusqu’à la chemise du condamné
Du drapeau du vaincu à la robe de la mariée.

Lavé plus blanc que blanc comme un cul
Livide, blanc de peur, je me sens à nu
comme un Toubab dans la mangrove
ou un toubib avec une maladie grave
comme une vieille tête blanche à la fin de sa vie moche
comme une jeune tête blonde à la fin de sa nuit blanche

De mon stylo coule du lait
Je cherche la transe dans l’ivresse
J’avale un russe blanc, puis un petit jaune,
une blanche, une blonde, une rousse
Un rouge qui tâche, mais rien ne bouge
Et enfin un blanc sec, mais je reste à sec comme un blanc bec !

Un ange passe…

Le silence pousse
A l’envers sous mes cheveux
Une chance d’introspection
Je me regarde dans le blanc des yeux

Une musique muette de tout son
S’écrit d’elle-même sur une partition
Une portée sans clé d’ut, ni de sol
Une porte de hutte sans clé au sol

Je la pousse et les possibles s’ouvrent
Sur une nouvelle plage, de sable blanc
Avec quelques vagues potentiels
ces lignes amères offertes au ciel

Une fois noircie, la page est finie
Le texte est terminé, tout est dit
C’est là que j’ai compris
La page blanche est ouverte sur l’infini…

Scène ouverte #8

Soirée démo pour les mots, du macro au micro, un défilé de flow sur scène de 15 partageur.ses de poèmes, de sornettes, de notes de harpe, de guitare, d’harmonica et d’impro !

Parmi les poète.sses qui n’ont pas pu être correctement enregistré.es ce soir-là, on retiendra Aline, Kilo, Dim, Guigui et Guillem.

Et pour clore cette scène ouverte, comme d’habitude, ce texte collectif écrit sur le moment par celles et ceux qui étaient là, et lu courageusement par Gaël et Maxime :

Petite collection de mots entendus pour commencer : lait, pâle, déssager, coquille, rêve, poulet

Petite collection de maux suspendus pour continuer : nait, mâle, ensauvager, tranquille, être, naviguer

A marcher seule dans les recoins sans lumière

Etre avec le sauvage, enlacer l’air et respirer l’obscurité

Être sot, plein de rage à en lacer tes chaussures et marcher sans s’arrêter…

à s’excuser, quand tu viens d’arriver, vas-tu rester ?

Je me laisse emporter par ce bain de bonnes vibrations, heureuse surprise de la journée… entre se faire harper par l’ambiance, rapper à l’ordre… désordonnons-nous !

L’odeur de la terre qui se réchauffe, sous le ciel étoilé. Bonheur !

Bonheur après l’onde fertile, un instant l’air se charge et me rappelle en enfance…

Le son d’une musique lointaine, qui me berce et m’apaise

Connexion de mots, de musique, de bonnes vibes, entre contemplation et cris de rage, je deviens plus vivante

Quelques notes de harpe tombent dans mon assiette, entre le pain et les rillettes. Un écrou, une vis et je me ressers un tour

T’es bien dans ton assiette.
Je peux être ce que je veux être.
J’ai confiance absolu en moi, c’est vrai. Amandla Awethu !
Mmina Kolobe


A très vite pour la prochaine rencontre à Connexion Paysanne en mai, d’ici là retrouvez ici l’actu des Scènes ouvertes en Pays de Redon !

Au détour d’un nuage

Museau de charbon et robe du désert
Pelage des steppes et manteau d’hiver
Oreilles dressées, port altier
Regard fixe, allure fière
En tournant sa tête, en clignant ses paupières
D’une façon détachée, avec dédain et dignité

Elle avait ça, elle…

Écoute, douceur et gentillesse
Ce qu’elle a reçu de sa maîtresse
Au long de sa chienne de vie
Mais les passants ébahis
Malgré les compliments sans cesse
N’auront ni courbettes, ni caresses
Une âme indépendante et fidèle

Elle avait ça, elle

Elle patiente devant sa gamelle pleine
Ration espérée depuis la veille
Dès qu’un « Vas-y » libérateur daigne
retentir, tout est avalé en un clin d’œil.
Il suffit d’une trace de chat ou de chevreuil
Et l’instinct sauvage se réveille
Fini l’écoute, fini la laisse, finie maîtresse
Tantôt docile, tantôt chasseresse
Un tempérament rebelle

Elle avait ça, elle…

Postée dans les herbes folles du jardin
Dans le couloir à la croisée des chemins
Près du poêle ou dans son fauteuil
Pour avoir tout le monde à l’œil
Curieuse sentinelle, discrète gardienne
La place de choix, la niche de reine
Quelques léchouilles sur la bouille
Elle accueille ce nouveau bambin
Et veille la vieille au pied du couffin
Une sérénité sans pareil

Elle avait ça, elle…

Après longtemps d’amour
Quinze années de balades
De câlins et de gambades
Le regard vague et le pas lourd
Il est temps du dernier voyage
Tant redouté, puis espéré…
Un jour, au détour d’un nuage
Je reverrai ses oreilles dressées

Toujours je pense à elle

A Sahel, partie le 3 février 2022

Scène ouverte #7

Lors de cette 7e soirée dédiée à la poésie sous toutes ses formes, nous avons oui et joui des mots − qu’ils soient slamés, chantés, lus, contés, gueulés ou chuchotés.

La nouveauté 2022, c’est l’enregistrement sonore de ces instants de poésie capturés pour la webradio Tretto, nouvelle fréquence redonnaise ouïble sur son site.

Tous les poètes n’ont pas pu être capturés phoniquement, et beaucoup ont gardé leur liberté…

Et pour clore cette scène ouverte, comme d’habitude, ce texte collectif écrit sur le moment par celles et ceux qui étaient là :

œuvre collective collectée ce soir de janvier

En attendant la prochaine rencontre à Connexion Paysanne fin mars, je vous donne RDV sur la toute nouvelle page d’actu des Scènes ouvertes en Pays de Redon pour découvrir d’autres lieux qui rendent la poésie vivante et les mots ouïbles !

Scène ouverte de poésie #6

Une nouvelle soirée sous le signe des mots, des voix et des émotions. Ce vendredi 26 novembre, des poète.sses et réciteur.ses ont bercé la quarantaine de paires d’oreilles bien calée entre les livres du Biblio-bar de Connexion Paysanne.

Parmi les textes entendus ce soir-là : Anne-Claire a lancé des Hop-Hop-Hop l’air de rien. Fabrice nous a embarqué dans le conte de la plume d’ange de Nougaro. Camille a interprété sa dystopie merveilleuse. Patrick Arduen a raconté les souvenirs de sa cabane de gamin. Le jeune Nael a courageusement chanté la Java du Mal de mer. Kilo a confessé être fait de 99% de rien. Gaëlle Steinberg a lu un superbe « Ne m’appelez pas Monsieur » de Kitty Tsui. Et un grand cadeau pour moi, Nath a osé monter sur scène pour la première fois, lire un texte écrit pour l’occasion.

Plus tard, Sam a parlé des 3 formes de violences. Shirin a lu son premier texte écrit en français. J’ai eu la fierté d’inviter Daniel, mon papa, a réciter avec passion la Chanson des escargots qui vont à l’enterrement de Jacques Prévert. Sa Véro avait choisi sur la table de lecture un poème de Patrick Arduen, sans savoir que l’auteur était dans la salle. Olivier et Julien, rappeur et slameur du coin, sont arrivés in extremis pour prendre le micro. Gwenola nous a planté le décor d’une photographie visuelle qu’aucun appareil n’a pu saisir. Et j’ai partagé mes déboires médicaux retracés dans Je suis un patient.

Martine Edwige

En souvenirs des Apéros poétiques de la Bogue d’or, le facétieux duo d’Edwige et Martine a rendu un drôle d’hommage à Julos Beaucarne, ce grand chanteur, poète, comédien, écrivain et sculpteur belge, décédé 2 mois plus tôt.

Et des cerveaux créatifs présents ce soir-là est né cet écrit collectif (lu par un autre billant duo, Gwenola et Max) :

Marcher seule dans les feuilles d’automne
Toutes ces couleurs du rouge au vert pomme
Avec ma tarte sucrée
Et mes dents qu’elle a gâtées
Je m’envole au-dessus des arbres
De sucre et d’orge et de rhubarbe
Légère comme une plume au vent
Lasse de l’été
De cette saison gâtée
Et des bras abattus par les nuées des vers ailés
Maintenant, ça va chier !

Mais qui a dit ça ?
Si ce n’est missa c’est donc tissa
Tous ensemble on balance tout ça !
Et hop, allons-y, laissons les rabats-joie
Partons bras-dessus bras-dessous sur les routes là-bas
Amène les allumettes pour les en-cas
Et quelques verres dans ton cabas
un vers, des verres, c’est le dévers dans nos têtes
J’aime la galaxie d’étoiles scintillantes et des plumes d’or.

Poètes et poétesses, rapeurs et rapeuses, slameurs et slameuses, ça connexe !
Ici, là-bas, tout près, si loin… On chante, on danse, on récite, on raconte, on aime ensemble
On profite de la vie dans le moment présent
Prévert ; Et si les cours d’écoles primaires, au lieu de bitume, étaient des prés verts
Où les enfants chercheraient ces plumes d’anges sous un chêne ou noyer…

Enfin, cerise sur le cadeau, Nael, le plus jeune poète du jour, m’a offert ces deux dessins nous représentant sur scène au micro, lui et son ombre ainsi que moi et ma moustache du mois de #movember.

Après une si bonne soirée, il me reste à vous attendre pour la prochaine session : fin janvier. D’ici là, le thème proposé est : La coupe est pleine.

Apéros poétiques / Bogue d’or 2021

J’ai eu l’honneur d’animer et de participer aux Apéros poétiques de cette 46e Bogue d’or. Petit aperçu de ces beaux moments de partages les 23 et 24 octobre à Redon.

De poètes en conteuses, de musiciens en chanteuses, de lectrices en grand’gueules… Nous étions une vingtaine à partager la scène, face à une salle pleine sous la charpente vieille du Grenier à Sel.

Photo : Ouest-France

Jean-Albert Mazaud a lu l’extrait d’un des recueils publiés par ses soins sous La Vilaine éditrice. Patrick Arduen, poète bainsois à l’initiative de ces rencontres poétiques, a passé en revue sa garde robe. Sa femme Brigitte, une Ceuilleuse de Mots, a lu un texte issu de sa création. Emmanuel Le Mare a sublimé des chants irlandais accompagné de Florence Le Cordier, traduit en français et chanté dans la langue… Pierre Bourges, alias le Gyrovague, poète nicolasien actif, président des Ceuilleurs de mots et sans doute doyen de cette édition.

Photos : Patrick Arduen

Lors de cette fraîche soirée d’automne, plusieurs ont rendu de doux hommages à Julos Beaucarne (le duo délicat de Martine et Edwige, ou encore le solo hilarant de Marie Chiff’mine), à Georges Brassens (Alain le Croq’note plein de swing, Loïc, Amélie qui a revisité Le Père Noël et la petite fille, ou encore ma parodie Gare aux morilles),
Le chansonnier Joe Krapov a fait marrer et reprendre tout le monde « L’important c’est la Bogue » sur l’air de Bécaud. (Un grand merci à lui au passage pour le montage et les mots qu’il m’a dédié).
En plus d’un magistral chant en breton, Brigitte Cloarec a entonné avec ferveur une chanson à boire.

Photos : Patrick Arduen

Côté conteurs, courtois. Noémie Truffaut, une moitié de Sardine argentée, a rappelé comment la nièce de Nasredine n’a pas déshonoré sa famille. Paul Maisonneuve a donné une leçon de vie grâce à un arrosoir percé. Jacques de Vannes a conté les secrets de longévité d’un couple fêtant ses 90 ans de mariage ! Jean Ruaud a narré ses histoires inénarrables.

En attendant la prochaine Bogue d’or, nous nous retrouverons sur les autres autres scènes ouvertes, les soirées RTT au bar Le Tempo à Guémené-Penfao au café Chez Angèle de Peillac, ou au Bibliobar de Connexion paysanne à St-Nicolas-de-Redon.

Scène ouverte de poésie #4

Début juillet 2021, le retour tant espéré des scènes ouvertes ! Un an seulement après la première édition. Une année qui a semblé en durer 10 avec tous ses empêchements, enfermements, isolements…

Un plaisir donc de se retrouver entre coyotes, sans devoir montrer patte blanche, ni masquer son museau, au bar associatif de Connexion Paysanne.

Le micro est ouvert. La scène est libre. Et l’espace est soudain rempli par le flow de Loris, les courts textes de Sylvaine, les slams de Romain alias Am Slam Flam, les vibrations du hangpan de Guillaume, le souffle de Max partageant un morceau de La Horde de Damasio, la chanson de Christophe écrite avec des malades psy, la lettre familiale de Christelle lue pour ses petits-enfants, la reprise bluffante de Stand by me jouée par Samy, les mots du Poète ferrailleur dans la bouche de Margot, les comptines du petit Joachim (3 ans), l’hommage de Nougaro à Cécile sa fille interprété par Alain et (sans comparaison aucune) mon hommage personnel à mon fils Aloïs qui m’a fait renaître Papa à pas.

Pour clore cette scène ouverte, ce texte collectif écrit durant la soirée :

Et si on allait doucement se promener le long de ce ruisseau
Qu’importe la saison

Trouver l’essence essentielle qui vitalise nos vies, qui donne envie d’avoir envie

Joli fil de vie, joli, joli, joli…
Même une pelotte, qu’on plote pour tirer un fil, c’est juste super !

Tout est important mais rien n’est grave

Rien n’est grave sauf les Bourgeois
Parce que les Bourgeois c’est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient cons !

Si l’envie vous prend, je vous donne rendez-vous à la prochaine rencontre qui aura lieu le vendredi 24 septembre, toujours à Connexion Paysanne.

Un thème pour vos stylos, une idée ?
« Echo et radio » comme une surprise à annoncer…

Douceur et Rudesse

Douceur et Rudesse, les deux sœurs tristes
L’une brune et douce, l’autre rude et rousse
Deux tempéraments opposés, deux destins liés
Deux frangines impossible à réconcilier

La brune dort au chaud, sous une chaumière douce
Cheminée qui fume, grand lit de plume, et toilettes en mousse
Mais bien vite sa marmite se vide.
Sa sœur rousse a une couche efficace
Un toit sans faille, un matelas de paille, une cave à victuailles
Et la nature entière lui sert de litière.

Douceur boit les eaux du ciel
Qui s’écoulent et rigolent des feuilles jusqu’à chez elle
Puis inondent ses bondes et cuves à chaque ondée.
Rudesse creuse jusqu’aux nappes souterraines
Elle lance son seau le long de la poulie
Puis elle puise au puits les eaux de pluie.

Douceur et Rudesse, les deux sœurs tristes
L’une brune et douce, l’autre rude et rousse
Deux tempéraments opposés, deux destins liés
Deux frangines impossible à réconcilier

Parfois Douceur a faim de prunes
La brune se met sous l’arbre à l’ombre
Puis attend patiente que les fruits en tombent.
Tandis que la rousse féroce s’accroche à l’écorce
Rudesse secoue les branches avec force
Puis ingère des fruits même verts tombés à terre.

A la chasse, Douceur est féline
Tel un chat tapis et caché, elle épie
puis capture quelques rongeurs effrayés.
Rudesse est plutôt Diane, la déesse chasseresse
Telle une meute de braques, elle traque et attaque
Parfois elle broie sa proie, sans frayeur ni effroi.

Douceur et Rudesse, les deux sœurs tristes
L’une brune et douce, l’autre rude et rousse
Deux tempéraments opposés, deux destins liés
Deux frangines impossible à réconcilier

Douceur la brune imite le bruit de la bise
En soufflant de côté dans des roseaux biseautés
Qu’elle joue exquise avec maîtrise et beauté.
Rudesse la rousse est plutôt tambourinaire
En rythme ses bâtons percutent les troncs
Pour singer seule les sons du tonnerre.

Au lit, Douceur se laisse languir de désir
Effleurée, caressée, à peine dénudée
Son amour est fluide comme une glace à lécher.
Rudesse aime l’amour sans détour et cru
Fi des préliminaires longs et superflus
Elle veut de l’ours hirsute, de la violence brute.

Douceur et Rudesse, les deux sœurs tristes
L’une brune et douce, l’autre rude et rousse
Deux tempéraments opposés, deux destins liés
Deux frangines impossible à réconcilier

Personne n’est jamais que rudesse ni douceur
Ou bien tout à la fois en fonction des heures
Aussi la chute voudrait voir s’unir les deux sœurs,
Hélas, chacune s’est murée dans sa fierté
Chacune est rongée par sa propre vanité
Triste car seule, mais sûre de sa vérité.

La rousse de chagrin perdra la vie
Lorsque la brune mourra le ventre vide,
Ainsi finit cette histoire sordide.
Elle nous enseigne tout de même que
Pour cheminer, pour être heureux
Ou dialoguer il faut être deux.

Ballade de l’orchidée coupée

La graine mise en godet
La queue du lézard mutilé
Le cœur de l’amant cocufié
Ma moustache mal taillée
Les larmes dans tes yeux blessés
Même les fleurs de l’orchidée
Tout repousse en vérité
Sinon celle qu’on m’a coupé

Le semis au potager
Le tacot qui a calé
L’honneur de l’homme injurié
Le Phénix calciné
Le sourire sur tes lèvres embrassées
Même les fleurs de l’orchidée
Tout repousse en vérité
Sinon celle qu’on m’a coupé

La jeune pousse greffée
L’Hydre décapitée
La foule des passagers
Dans le RER bondé
L’estime de la femme violée
Même les fleurs de l’orchidée
Tout repousse en vérité
Sinon celle qu’on m’a coupé

La forêt vierge rasée
L’éclaircie après l’ondée
A nouveau, la pauvre Mémé
Dans les orties ou l’escalier
L’espoir de l’enfant endeuillé
Même les fleurs de l’orchidée
Tout repousse en vérité
Sinon celle qu’on m’a coupé

L’étincelle dans mes yeux enchantés
Face à mon fils en train de rêver
Tout repousse en vérité
Sinon celle qu’on m’a coupé

Orchidectomie : ablation chirurgicale d’un ou des deux testicules à des fins thérapeutiques, notamment dans le traitement du cancer du testicule.

Sous le pavé, la page

Je suis un chevalier sans femme
Apprivoisant un félin
Je suis un enfant sans famille
Sur la route avec mes chiens
Je suis une fourmi seule
Rencontrant les Doigts
Je suis un mendiant peul
Et fais la grève des dons
Je suis bâtisseur de cathédrale
Élevé dans la forêt
Je suis une fillette en sandale
Et j’ai toujours su compter…

Toutes ces vies je les ai vécues
Toutes ces lignes je les ai lues
J’ai voyagé dans l’espace et le temps
Avec ce petit objet passionnant

Pourtant, c’est qu’un pavé
Un gros tas de feuilles de papier !
Un putain de livre avec que des pages
Des chiffres, des lettres et pas davantage…

En librairie, mon dealer me fournit ma dose
Polar, SF, romans, BD
Il connaît ma came et sait ce qu’il me propose
Taze, crack, prod, dope ou C.
Toutes ces tranches posées sur l’étagère
Comme les promesses d’une évasion
Je sens le manque, mon pouls s’accélère
Je vais lui laisser quelques biffetons

Avant de commencer une session solo
J’entame toujours les préliminaires
Préface et avant-propos excitent ma biblio
Ainsi débutent exquis mes plaisirs solitaires

Quand je sens que j’ai la Gallimard
qui mesure 10-18 dans ma Poche
Je m’enFlammarion !
Je Delcourt chez Jacqueline et Albin Michel
Et j’Hachette de quoi passer à l’Actes Sud
pour faire des Folio lit !

Pourtant c’est qu’un pavé
Un gros tas de feuilles de papier !
Un putain de bouquin avec une couv cartonnée
Des chiffres, des lettres et wow… Un résumé !

Dans le noir du soir à chaque séance
Je m’installe sans bruit quand ça commence
Et retrouve des intrigues intrépides
Des héros généreux et des méchants cupides

Travelling de malade entre les majuscules
Plan-séquence interminable jusqu’au prochain point-virgule
D’un coup, l’écrivain resserre le cadrage
Gros plan sur un nouveau personnage

Blagueur, il m’emmène soudain ailleurs
Flash-back pendant tout un chapitre
Il me fait perdre l’historique
Je suis, complice, pas dupe du numéro
Son scénario à la Tarantino

Bim ! Grosse ellipse temporelle
Je crois que je comprends le bordel
Comment il retombe sur ses pattes
Avec cette chute de psychopathe
Je reste assommé un bon moment
Je pourrais le relire différemment

En fait, tout se tient, ça fait sens
C’est tout con quand on y pense
Et c’est là toute la beauté
Il fallait « juste » y penser !

Pourtant, c’est qu’un pavé
Un gros tas de feuilles de papier !
Un putain de ticket pour un voyage
Vers l’inconnu. Sous le pavé, la page !

Scène ouverte de poésie #3

D’abord prévue fin août, elle fut reportée pour cause de naissance de mon fils. Finalement programmée fin septembre, je n’ai pas eu l’honneur d’animer cette 3e scène ouverte pour cause de décès de ma tante. Ainsi la roue tourne, mais la poésie demeure.

J’ai demandé à Patrick Arduen de remplir cette mission, ce qu’il a accepté avec beaucoup de gentillesse. Merci à lui.

Le thème proposé la fois précédente était Procrastination. C’est pourquoi j’avais pris bien soin de m’y prendre au dernier moment pour rédiger un Hommage au temps perdu, que Patrick a bien voulu lire en guise d’introduction.

Par la suite, des poètes et des mots se sont succédé au micro, ceux de Jean-Albert Mazaud, un habitué des Apéros poétiques de la Teillouse, de Brigitte Hascoët, d’Yannig Robert et d’autres encore.

Des textes lus ce soir-là, je n’ai pas su ce qu’ils racontaient. Ce que j’ai su en revanche, c’est qu’une belle interprétation d’Amsterdam n’aurait pas déplu au Grand Jacques…

Et enfin, il me reste à vous inviter chaleureusement à la prochaine rencontre qui aura lieu le vendredi 30 octobre, toujours à Connexion Paysanne.

Papa à pas

Je refais les cent pas
En arpentant la cuisine
S’il le faut cent fois
Je rechanterai mes comptines
En priant même sans foi
Pour que tes paupières s’inclinent
Je serai toujours là
Même si des fois je décline

Mes yeux plongés dans les tiens
Tentent de comprendre ce chagrin
Tes yeux rivés dans les miens
A la fois anxieux et sereins
Me font remonter un par un
Les échelons de l’humilité
Et percevoir le destin
De ce petit bout d’humanité

Ta naissance sur Terre
Ma naissance comme père
Tes besoins de mammifères
Me relient à tous mes congénères
Les prochains et ceux d’hier
Si lointains et similaires
Cette aventure commune et unique
Cette expérience intime et publique
D’une banalité extraordinaire
Putain, je suis père !

Papa à pas
Je serai là
A côté de toi
Jusqu’à mon trépas
Tel un sherpa
A bout de bras
Je porte ton poids
Et guide tes pas
Comme un bon repas
J’use de mes appâts
Pour être aussi sympa
Qu’une séance de spa
Au milieu de la pampa
Et si j’y arrive pas
Bah mea culpa
J’essaie juste d’être ton papa

En cherchant les mots qui calment
Pour sécher tes larmes
En parlant à ton âme
Pour te donner les armes
Pour t’opposer à temps
Même face à tes parents

Attendri, avide, langue pendante
Devant ce sein qui t’alimente
Je partage cette chaleur réconfortante
Car ta maman est d’abord mon amante
Une part de moi dans ce cocon
Tu es le fruit de notre amour fou
Je vibre et vis entre vous
Sans briser cette fusion
En sortant du ventre maternel
Une part d’elle résonne en toi
Et si je crois n’être
Qu’un nouvel écho
Qui résonne en moi
Tu me fais renaître
Papa à pas

Hommage au temps perdu

Je veux rendre l’hommage qui lui est dû
Au temps perdu
L’art de la procrastination
Se pratique sans hésitation

C’est une façon de se détendre
Face aux urgences
C’est pouvoir faire attendre…
L’impatience
C’est être tendre avec le temps
Lui laisser le temps de s’étendre
C’est écouter le réveil s’éteindre
Et prendre le temps de s’étreindre

Une fois le temps bien étendu
L’artiste sait bien qu’il est temps du
Repos bien entendu
Cette pause-repas tant attendue
Quelques soient le mets ou l’amant
A savourer de large en long
Sans précipitation, lentement
L’art de la dégustation
Se pratique avec délectation

Goûter au temps suspendu, comme un pont
Les délices gloutonnes, pour de bon
Des trésors engloutis, comme un con
Des plaisirs enfouis, tout au fond
De la mémoire, du cœur et du côlon

L’art de la procrastination
Se pratique sans complexe
Car cette paresseuse passion
Renferme des mines de richesse
Loin du labeur forcé et salarié
De la vilaine et vieille aliénation
Mais bien l’oisiveté choisie et assumée,
Les vices, acédies et autres futilités
A l’origine de toutes créations.

Je veux rendre l’hommage qui lui est dû
Au temps perdu
Car sans procrastination,
Sans paresse, ni oisiveté
Jamais ce poème n’aurait pu exister.

Scène ouverte de poésie #2

Deuxième soirée lancée fin juillet pour partager des textes, écouter les âmes et regarder les mots. Toujours à Saint-Nicolas-de-Redon. Toujours au bar associatif de Connexion Paysanne, nouvellement baptisé « Le Vison à Lanterne ». Toujours sur une petite scène en palette, mais cette fois-ci sonorisée grâce au micro et matos de Sylvain Quatreville. Merci à lui.

Tels les 13 apôtres, 13 poètes ont animé cette Cène ouverte d’où les mots ont jailli. Certains textes faisaient rimer « l’Amour », thème proposé le mois précédent par le public. C’est l’arme préférée de BSF (mon pote Pamphile, venu spécialement de St Nazaire), les jongleries littérales de Brigitte, les de Fabrice, la rupture de Damien, l’amour déçu et les amours divines de Mangala, les poèmes sensibles de Patrick Arduen ou encore mon Vers en terre, dédicacé au grand A de mon Amour.

D’autres voyages verbaux nous ont emportés, comme Max avec ses exercices littéraires de confinement, ou les sublimes rimes féminines de Martine et Edwige, ou Yvon avec ses chansons sans peur de daron, ou encore les réflexions de Thomas Becker sur les permissions masquées et le Poitou.

Pour clore cette scène ouverte, ce texte collectif écrit sur le moment par celles et ceux qui étaient là :

Le cahier était blanc au début

Prend ton stylo et pose ta rime

Peu importe le débit, de rimes je suis repu.
Faut pas cesser l’débat ou s’dire qu’on est vaincu.
Avancer, rester debout, garder le cap, avoir bonne vue.
La plume a prit son bain, … belle, … dédicace à Battmanu !

Faut pas cesser, d’esquisser, de tracer des versets dispersés
Pour percer l’inverse de l’insensé et encensé l’ivresse de mes pensées.

Alors voilà, un cahier, un crayon… poser des mots, si je savais mais aujourd’hui je n’sais plus trop… pourtant j’ai faim…

C’est la valse des mots, le tango des virgules, le rock’n’roll des paroles, le carnaval du point final !

Il est l’heure de s’enivrer, de vin de poésie ou de vertu, à votre guise.

J’aiguise le flow, le verbe coule à flot. C’est fou et fin, afin qu’à la fin on dise : Putain, c’est fort !
C’est pas facile de tirer les bonnes ficelles, en fait… Crier est un KIFF ! Poésie ! Tellement JE T’AIME ! A la Faudel !
Allez, c’est bon j’m’arrête, BSF est bien fidèle, j’me fie à elle, j’prends mon envol, tout le temps même avec une aile.

Connexion Paysanne, merci de nous faire partager ces mots. J’ai toujours faim de mots! La peau est scie et le pot aime.

Et enfin, un mot a été lancé en l’air : « Procrastination », comme pour inviter les poètes à s’en saisir (ou pas) avant la prochaine rencontre qui aura lieu le vendredi 28 août, toujours à Connexion Paysanne.

Je vous y attendrai dès 19h, toutes et tous les amateurs de lettres.
Et comme dit le procrastinateur, il n’est jamais trop tard pour s’y mettre…

Scène ouverte de poésie #1

C’était l’un des premiers soirs d’été. C’était aussi l’un des premiers événements post-confinement. Soulagement. C’était surtout la première scène ouverte de poésie au bar associatif de Connexion Paysanne, le vendredi 26 juin. Et c’était pour moi la première fois que j’animais ce type de rencontre. Un vrai bonheur !

Lors de cette soirée, nous avons pu savourer « La Première gorgée de bière » grâce à Thomas, les poèmes de notre princesse Diana, les récits de la jolie Vilaine du conteur Paul Maisonneuve, en passant par JP et ses « Paroles de paresse », ou Julie hésitant entre Pique et Douille, Philippe et ses petits poèmes « de tous les jours », Yvan l’homme à plume et son flutiau, Elsa nous faisant revivre les vers aimés de Césaire, ou Gaëtan et son poème de cœur récité par chœur, et aussi mon Assemblée des canidés déconfinés.

Pour clore cette scène ouverte, ce texte collectif écrit durant la soirée a été lu avec brio par un duo volontaire :

Ce soir, nous sommes à Connexion Paysanne, un lieu qui réunit des femmes et des hommes qui font pousser des choses variées, des salades et des idées

Et quand la nuit tombera
Quand les étoiles s’allumeront
D’autres lumières scintilleront
Entre nos doigts et dans nos cœurs.

Oh les cœurs et hauts les masques !
En pirogue, en bateau ou en radeau
Sur la Vilaine, le long des flots
De mots ou de Bambelle.
Déconfinée que la vie est belle

Au comptoir, au hasard, c’est le bonheur et ça tangue !
Mon oreille va frémir, c’est sûr je me tais, j’écoute et j’applaudis.

Passer un bon moment à entendre des histoires
Qui nous emportent dans un voyage incroyable
Au son des doux mots qui résonnent dans le soir
Et une ambiance joviale chaleureuse adorable

Et enfin, un mot a été lancé en l’air : « Amour », comme pour inviter les poètes à s’en saisir (ou pas) avant la prochaine rencontre qui aura lieu le vendredi 24 juillet, toujours à Connexion Paysanne.

Avec impatience, je vous y attends…

La vie est rature

J’aurais aimé parler ici
De mes déprimes et mes noirceurs
De mes nuits d’insomnie
De mes angoisses et mes peurs

Mais non, pour moi c’est tranquille
Je dors serein et paisible
Franchement non, je vois pas
Pour moi, c’est tranquille

J’aurais voulu vous conter aussi
Cet amour impossible et déçu
Ce joli cœur tant aimé et déjà pris
Ce baiser que je n’ai jamais reçu

Mais non, tout va au mieux pour moi
On s’aime et on aime vivre à deux
Franchement non, je vois pas
Pour moi, tout va pour le mieux

J’aurais pu vous raconter ici
Les affres de la misère
Les croches-pieds de la vie
La débrouille, les magouilles et les galères

Mais non, tout va bien pour moi
J’ai ce qu’il me faut, je manque de rien
Franchement non, je vois pas
Pour moi, tout va bien

J’aurais pu vous écrire enfin
Avec la plume d’un écrivain
Avec du Spleen et de la mélancolie
Avec de beaux alexandrins

Mais non, la vie c’est pas ça
Je vais pas jouer les poètes maudits
Franchement non, je vois pas
Pour moi, c’est tout con

Écrire, c’est la vie bon
Et vivre est une gageure
Ma vie est un brouillon
Et la vie est rature

L’assemblée des canidés déconfinés

Un mal qui répand la terreur,
Mal venant selon les rumeurs
De quelque pangolin chinois
Ou d’un laboratoire maladroit,
Capable d’emplir en un mois les cimetières,
Faisait aux cabots la guerre.

Durant les temps confinés,
Chacun demeure en son panier.
Mais au moment de ressortir
A pas de loup, on s’étire
Regardant avec méfiance
le voisin et l’ami, en chien de faïence.

Bientôt, une assemblée se tenant,
On demanda : Que faire maintenant ?

Maître Pitbull s’avance, banquier de son état,
Réputé pour ne jamais lâcher sa proie :
« En consommant, on relance le système,
Il faut rouvrir les magasins tout de même.
Au boulot les clébards,
Faut rattraper le retard ! »

Dressant l’oreille, Lévrier est prêt
A dépenser ses gains
Habitué qu’il est à courir après
Un but futile et vain.
D’ailleurs, il est déjà parti
Redoutant la pénurie…

Jack Russel, élu président car il parle bien,
Fait surtout beaucoup de bruit pour rien.
Il acquiesce bruyamment,
Mais déclare : « En même temps
Il faut faire attention
Et garder ses précautions. »

« Excellent ! » commente un flatteur
Toujours prêt à plaire à son maître
Pour un bel os et quelques restes,
Car Sieur Bichon est présentateur
d’une émission en vogue
Suivi par des millions de dogues.

« Mais, s’interroge une caniche âgée,
Comment peut-on garder
Nos distances de sécurité
Et continuer à se promener ?
J’ai un mal de chien au renifloir
Mais je sais flairer les salopards ! »

Border Collie, courageux et téméraire
leur aboie dessus pour les faire taire :
« Tous les jours très tôt, je vais au turbin
Ma meute a les crocs et on est en chien !
Comme un mâtin, je ramène les sous.
Mais j’arrive pas à calmer leur faim de loup ! »

« C’est vrai, s’écria Dame Boxer,
Désobéissante et contestataire.
On va pas repartir comme avant
En gardant les mêmes dirigeants
C’est le meilleur moyen de replonger ! »
Montrant ses crocs à l’assemblée.

Lieutenant Beauceron, bien dressé,
L’interpelle d’un coup de LBD.
Toujours prêt à recadrer vertement
Les bâtards, les sauvages, le chiendent.
Tout en montrant une indulgente grâce
Pour les nantis et les pures races.

Un jeune chien fou un peu hippie,
Sire Colley calmement dit :
« Moi, qui voyage sur des terres sauvages,
J’ai trouvé des peuples et cultures sages :
Loup, fennec, dingo, chacal et renard
Vivent sans virus et sans avoirs. »

Et l’assemblée de rire,
Et Colley de partir.
Aux maux les plus savants
L’issue la plus triviale
Se trouve le plus souvent
Dans notre part animale.

Bingo slam

Quoi ?! Déjà samedi soir et le frigo est vide
Demain c’est dimanche, il faut que je me speede
Si je ne veux pas me retrouver
comme le week-end dernier en galère
l’estomac révolté et les gencives en colère.

Pas le temps de trouver mes chaussettes
Avec un peu de bigaille en poche
Je saute pieds nus dans mes baskets
Et claque la porte de ma Porsche 207

Un seum n’arrivant jamais seul
Forcément ma caisse ne démarre pas
J’aurais pas dû faire ce karaoké sur le parking
Forcément la batterie est à plat
J’en avais marre des soirées dans ma cuisine

Plus que 30 minutes pour aller chercher ma bouffe
OK Je me mets à courir jusqu’au Carrouf
J’y suis presque je vois les prix à la station
Là, je tombe sur un flic qui me demande mon attestation !

Merde, j’ai zappé dans la précipitation
Je lui tends un papelard griffonné vite fait
La date n’est pas bonne, ni l’heure au crayon à papier
Je négocie et m’explique à toute vitesse :
« C’était la course vu que j’ai plus de caisse
En fait je voudrais juste passer mes courses en caisse. »
Bim ! Une amende qu’il encaisse de ma bourse

Et il me sermonne en me verbalisant :
« Il faut faire attention aux gens
Désormais tout est différent…
– Quoi différent ?!
Je vis seul confiné abasourdi
par la cacophonie
de mon gouvernement
qui nous gouverne apparemment
comme moi dans mon appartement
C’est un gros foutoir sans nous
Ils discutent toujours sans nous
Pendant qu’on kiffe notre petit confinement funky
Cette bande de finauds a trouvé le filon :
Tous les décrets filous qu’ils font
font qu’ils mentent en fin de compte
Pour qu’on finisse comme des cons finis
jusqu’aux confins de la connerie ! »

Hoho ! Le gars a pris cher !
Pour Buzyn, Darmanin et Castaner
Pour ma batterie qui est vide
Et même pour cette connerie de Covid !

C’est la loi des séries,
comme on dit sur Netflix.com
Forcément la galerie a fermé
J’ai pris 135€ pour ma pomme
et mon estomac commence à se révolter

Mais malgré ces galères
Je peux redresser le dos, M’sieurs Dames
Car j’ai craché ma colère
Là, dans ce Bingo Slam !

Une trace dans l’allée

C’est là que je l’ai vue, sûre et nonchalante.
Au milieu du chemin, pas pressée, ni stressée.
Tout de suite fasciné par cette allure lente
De la limace qui trace et traverse l’allée.

Soudain pris par l’envie de partager avec elle
Un moment de vie, une tranche de jeu.
De ma poche, je dégaine un petit Opinel,
Sans vraiment de raison, et je la tranche en deux.

Fascination cruelle, acte de toute puissance
Ou simple inconscience de mes conséquences ?
Son corps se tord et dégouline sur ma lame.

Subitement fatal, aussitôt regretté,
Moi aussi, ce geste m’a à jamais condamné.
Car aujourd’hui encore, les remords hantent mon âme.

Écho au logis

Dans le fond des vallées textuelles
Je lis l’immensité lexicale
Mes doigts sur les pages ont un bon goût de miel
Et de petites sentinelles s’enivrent de ce langage.

Les mots résonnent dans mon puits et m’inondent
À l’image des racines des arbres forts
Je les enfouis dans ma tête profonde
Pour qu’ils prennent la vie à bras le corps.

Mes silences chuintent sous l’humus humide
Dans la brume de mes souvenirs, une corne rebondit
Et étale ses formes fermes jusqu’à l’infini.

J’entends le son des graines oubliées sur la montagne
Je ne crie pas, je décris, j’écris et témoigne
L’heure est au leurre et l’écho au logis.

Voyage dans une case

Je ne sais pas par quel envoutement je suis arrivé là. J’étais dans ma case, avec ma famille auprès de mon troupeau. Et sans savoir où ni pourquoi, je me retrouve ici. Mais où suis-je ?

Le climat n’est pas chaud et moite comme chez moi. Le ciel est sombre, les nuages proches de la terre et le vent froid. Je marche sur une route goudronnée recouverte de gravier. Sur le bord de cette route, une plaque jaune métallique et triangulaire représente une voiture qui projette des petits cailloux.

A ma droite, un champ de légumes. Ce n’est ni du mil, ni du manioc. À ma gauche, un pré entouré d’une fine clôture avec un troupeau de vaches bien grasses et aux mamelles tellement pleines… Mes vaches vivent en liberté autour de mon village, les herbes sont rares et leurs côtes saillantes.

J’arrive à un croisement avec une autre route goudronnée. Au carrefour, un vieux tas de pierres est surmonté d’une statue. Un homme barbu les bras écartés est pendu par les mains. Je prends ça pour un avertissement… Les gens d’ici ne rigolent pas avec les barbus !

Au loin, j’aperçois une grande hutte pointue. Sa toiture dépasse au dessus des arbres. Je vais suivre cette direction.
La route me mène à un village. Je ne sais toujours pas où je suis, mais une autre plaque métallique indique « Le Gorais, commune de Pleucadeuc » devant les premières maisons.

Ma maison est une case faite de branches recouvertes de terre argileuse et de paille séchée. Il n’y a pas de portes à l’entrée ni aux fenêtres. Ici, les maisons sont en pierre avec beaucoup de murs et peu d’ouvertures. Comment rentrent la lumière et le chant des oiseaux ? Et les amis de passage ? Et les étrangers ?

Arrivé au pied de la grande hutte pointue, je repère tout en haut un coq métallique qui tourne avec le vent.

Je traverse le village sans rencontrer personne. Je vois un chat qui se faufile sous un portail. Je passe devant des maisons fleuries, des hangars remplis de paille, des tas de bois rangé, des tracteurs, des remorques, d’autres maisons avec des voitures arrêtées, mais toujours personne…

Après un grand virage au milieu d’arbres, me revoilà entre les prés et les champs.

Soudain, un peu plus loin sur la route, j’aperçois un immense mur bleu transparent et infini qui semble traverser la campagne. J’avance vers cette frontière intrigante. Sans soucis, je passe ma main au travers, mais je redoute ce qui pourrait m’arriver si j’essayais de le franchir.
J’avance pourtant. La curiosité est un puissant moteur.
Je traverse et me retrouve dans ma case.

Voilà comment j’ai traversé une case
pour retourner dans ma case.

L’homme des bois

J’ai bien connu un homme des bois,
très droit, toujours dans les clous, mais un peu marteau.
Il a eu une vie en dents de scie.

Petit, on l’appelait « tête de gland » parce qu’il n’était pas très futaie.
Ça n’abîmait pas son écorce mais ça lui fendait le cœur.

Un jour, il a brisé ses chênes.
En bûchant pour de bon, il devint bûcheron.
Ç’a cloué tout le monde !

C’est là qu’il rencontra sa femme qui bossait dans la même branche.
Elle était d’ailleurs très branchée et bien charpentée, avec une voix bisaiguë.
Mais elle lui a fait des nœuds au cœur.

Elle avait toujours un avis tranché et répété, si circulaire.
Une allure asiatique si japonaise.
Mais une humeur si sauteuse et parfois si cloche,
qu’elle l’a quitté pour un autre, la varlope !
Ça, ça l’a scié !

Et le comble, c’était pour un menuisier qu’il ne pouvait pas encadrer.
À cause d’un sale coup, une vieille histoire qui sent le sapin.
Un chèque en bois pour une caisse qui ne valait pas un clou.

Il a coupé tous les liens avec cette vieille branche et s’est assis sur leur relation.
C’est là qu’il a commencé à chuter…

Un jour je l’ai retrouvé, il était sur un banc à planer,
toujours d’équerre ou en gueule de bois.
Il n’était plus constructif.
Il avait toujours cette femme chevillée à tire
qu’il pleurait à travers et à tord.

Alors j’ai essayé de le dégauchir pour avoir un peu d’aplomb.
Lui montrer qu’elle n’est que celle qui cache la forêt.
Petit à petit, je l’ai aidé à se retaper, à se remettre de niveau.
Pour finir, il se portait au taquet debout sur les planches et
Le clou de l’histoire : il a rencontré une belle ébéniste.

Aujourd’hui on a des relations hachées, entrecoupées par les échardes de la vie.
Nous reparlons parfois de cette histoire que les morts taisent
Cette histoire d’outre-tombe à laquelle nous tenons.

Car sans langue de bois, un jour
j’ai compris, du bout des doigts
qu’en touchant son cœur de bois,
ça m’a porté bonheur pour toujours.

Murmures et mûres mures

En marchant à pied le long des murs
J’ai voulu piquer quelques mûres
pour faire une confiture.
Le pied d’un mûrier piquant
poussait là au pied d’un mur.

Puis quand j’étais au pied du mur
j’entends comme un murmure :

« Les mûres les plus mures
ne sont pas au pied du mur ! »

Je lève le nez et aperçois en pied
une poule sur le mur
qui picote du pain dur
et me murmure au nez :

« Les mûres les plus mures
ne sont pas au pied du mur ! »

Je ne sais pas quelle mouche m’a piqué
mais pour grimper en haut du mur
je pique une pointe de vitesse jusqu’à ma masure
et reviens, en biclou, avec un marteau et un clou.

Je pique une pointe dans le mur
sans peur d’être piqué
en train de piquer des mûres mures.

« Les mûres les plus mures
ne sont pas au pied du mur ! »

Je monte sur mon clou
Et là, la poule devient muette.
Pour le coup, je lui ai cloué le bec !

Perché sur mon clou au mur
J’essaye d’attraper les mûres les plus mures
Mais le haut du mur est encore trop haut
Et je me retrouve sans un clou à piquer.

Je vois bien les mûres mures
sans pouvoir les piquer
Et j’entends à nouveau les murmures
de la cocotte qui picote et caquète…

Le clou a lâché et je suis tombé
du mur dans le mûrier.
Finalement la poule et les mûres
m’ont piqué au vif et au cul.
Je suis reparti sans mûres
et, manque de pot, sans confiture non plus.

J’ai fini par trouver plus tard
un autre petit coin
pour faire de la confiture de coings.
Mais c’est une autre histoire…

Aux sources de l’habitat

Habiter un lieu ici et maintenant
Habiter le lien présent
Habiter l’instant

Quand mon territoire s’étend
au zinc de ce comptoir
autour d’un verre de bière
on mène la discussion vers
un petit bout d’univers

Un retour aux sources de l’habitat, ce serait comme…
Quitter l’immeuble des fourmis grouillant et impersonnel
Fuir les cubes en lotissement et les voisins vigilants
Laisser tomber le béton scellé

Retrouver le lien à la matière chaude et première
Revenir au bois, terre et paille, le BTP de la post-modernité
Retourner aux sources des éléments
Utiliser l’eau, le soleil et le vent

Et trouver l’énergie nécessaire
pour construire, pour bâtir, pour s’accomplir

Pour accueillir la vie
Accueillir les amis
Accueillir l’étranger, comme j’ai été accueilli dans ce café
Maintenant et ici

Le doudou de Titi

Il était une fois à Plouescat
Papa, maman, Titi et Agathe
Mais au moment d’aller au lit
Ils ont perdu le doudou de Titi

Hey maman…
Où est passé le doudou de Titi
C’est son chouchou pour faire dodo au lit
Maman est cocotte, elle danse en tutu
Demandons donc à papa !

Hey papa…
Où est passé le doudou de Titi
C’est son chouchou pour faire dodo au lit
Papa est toc-toc, il fait le fou-fou
Demandons donc à tata !

Hey tata…
Où est passé le doudou de Titi
C’est son chouchou pour faire dodo au lit
Tata est gaga de Titi et bébé
Demandons donc à mamie !

Hey Mamie…
Où est passé le doudou de Titi
C’est son chouchou pour faire dodo au lit
Mamie fait du tam-tam, elle joue du cha-cha
Demandons donc à tonton !

Hey tonton…
Où est passé le doudou de Titi
C’est son chouchou pour faire dodo au lit
Tonton fait ronron après trop de jaja
Demandons donc à Agathe !

Hey Agathe…
Agathe a vu le doudou de Titi
Dans le lit de tata chez mamie
On va tous ensemble faire coucou à mamie
Et retrouver le doudou de Titi

Coucou à mamie, doudou à Titi
Voilà le chouchou pour faire dodo la nuit
C’est enfin la fin de cette chanson
La chanson concon de tonton.

L’avantage de l’âge

Avec le temps, tu as vu passer
et repasser les mouvements
65 printemps comme dit l’adage
Et des révoltes tout autant
C’est l’avantage de l’âge

Des Drapeaux rouges aux gilets jaunes
T’as vu toute la palette de la rage
Ta couleur reste celle de l’automne
C’est l’avantage de l’âge

Face aux conneries de la vie
Au lieu de te plaindre : « c’est dommage »
Tu gardes le sang chaud et tu agis
C’est l’avantage de l’âge

Même si au lieu de surfer
Sur les high tech’ parfois tu nages
Sans jamais pour autant te noyer
C’est l’avantage de l’âge

Avec le temps l’amour grandit
chaque année davantage
Pour un fils et son papa chéri
C’est l’avantage de l’âge

Un vers en terre

J’ai mis un mot en terre
Pour ne plus me taire
Pour te faire plaisir
et te l’offrir.

Ma quête d’inspiration
me pousse à faire
cette expérimentation.
Placer dans ton jardin
un vers en terre
dans un pot de fer.

Ce n’est pas si simple
Il faut bien le choisir.
Au fond d’un tiroir
On fouille, on trie,
Voire on recycle
Un vieux vers à soi.

Une fois en terre
dans un pot de fer
En prendre soin
Et prendre sur soi
pour bien faire.

L’arroser avec humilité
Le choyer en toute simplicité
Bien savoir quand lui servir
au vers, à boire.

Exposer aux rayons de ton sourire
Le vers pousse vers le haut.
Une fois bien vert
Du pot de fer
le faire sortir

Pour le replanter
Dans une terre fertile,
C’est-à-dire faite,
il en faut un peu,
de mélancolie, de folie
et de sauve-qui-pleut.

Quand les racines sont à l’étroit
Jeter le pot de fer et son emprise
Planter là un crayon de bois
Qui pourra élever le vers.

Alors bien épandre sa rage de vivre
Pour fertiliser et faire
sortir une rime ou une prose
Suivant la terre prise
Et la matière grise qui l’arrose.

Lorsque le vers est mûr
Il est temps de récolter
un haïku, un slam ou un sonnet
A savourer sur place bien sûr,
Ou à consommer plus tard jusqu’à la fin de la saison
Avant de le placer dans un tiroir, tout au fond…
Ou, au contraire, laisser libres les vers vivre.

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